Interview « Paris Match » – Mika : « J’écris des chansons d’amour et, pourtant, je ne suis absolument pas romantique »
Le chanteur revient avec un septième album toujours aussi pop, « Hyperlove », traversé par les passions et les désirs.
“Hyperlove” serait-il le plus romantique de vos albums ?
À l’origine, il n’était pas construit dans cette optique, mais il l’est devenu presque accidentellement. C’est l’album le plus romantique sans aucun romantisme. Car il n’est ni sentimental ni mielleux… Mais j’y explore l’amour dans toutes ses nuances.
Vous êtes d’un naturel romantique ?
Absolument pas… Et pourtant j’écris des chansons d’amour et mes concerts sont des manifestations d’amour. Mais vous imaginez si j’étais comme ça quand je mange mes corn flakes au petit déjeuner ? Dans la vie, je suis au contraire invisible.
Dès le début de l’album, une voix demande “What is love ?” (“Qu’est-ce que l’amour ?”). Quelle définition en donneriez-vous ?
J’ai voulu que cette question soit posée par une voix de synthèse, créée sans l’aide d’intelligence artificielle. Pour obtenir ce résultat, on a superposé quinze couches de ma voix qui chuchotait. L’amour, je pense que c’est justement de l’électricité, et donc, en quelque sorte, l’âme. C’est ce qui te donne de la vie et du mouvement. Et l’“hyperlove”, c’est l’euphorie délicieuse. Sans drogue, sans alcool… Cette sensation d’amour transcendant qui te permet de sentir une connexion incroyable avec le monde autour de toi.
Vous l’avez déjà ressentie ?
Oui, aussi bien dans un lit que sur une scène. On est tous à la recherche de ça. Autrement, pourquoi on irait danser avec des gens qu’on ne connaît pas ? Pourquoi on ferait l’amour avec des gens qu’on ne connaît pas trop ?
Vous êtes avec le même homme depuis plus de vingt ans. Quel est votre secret pour un couple qui dure ?
On se dispute souvent. Ou plutôt on ne met jamais les problèmes sous le tapis… On le secoue bien, le tapis. [Il rit.] Aussi, il faut laisser à l’autre son rythme. Moi, j’ai besoin de partir en tournée, lui aime être à la campagne, avec les animaux. Tous les jours, il va surveiller les moutons autour de notre cottage. Il a même dressé l’un de nos chiens pour l’aider dans cette tâche. Il est devenu berger, en fait ! [Il rit.] Moi, j’aime bien aller voir les moutons, mais pas tous les jours. Et lui vient parfois me rejoindre sur la tournée ou ailleurs, mais ce n’est pas son monde.
Après un album entièrement en français sorti en 2023, vous revenez à l’anglais. C’est plus facile pour exprimer tout ce que vous voulez ?
J’avais envie de m’exprimer d’une manière presque inconsciente. Un lâcher-prise qui permettrait une vraie poésie dans les textes, qui sont plus abstraits. J’aime chanter en français, mais il y a quelque chose de plus brûlant dans l’anglais, une langue que je maîtrise mieux. J’avais besoin de ça pour construire cet album alternatif et en même temps très pop.
Mais dans quelle langue rêvez-vous, vous qui en parlez au moins quatre couramment ?
Avant, uniquement en anglais. Mais, depuis deux ou trois ans, d’autres langues entrent dans mes rêves. Quand j’étais enfant, je n’étais pas bon en cours de langue. Une fois adulte, j’ai développé une autre manière d’intégrer de nouvelles choses. Mon cerveau a commencé à se mettre en marche avec une plasticité différente, qui me permet aujourd’hui d’apprendre comme on joue.
S’il y a bien une chose qui ne vous a pas quitté depuis vos débuts, c’est votre goût de l’émerveillement. D’où vous vient-il ?
Je suis un rêveur-né. Je me sentais un peu inutile quand j’étais petit. À partir de mes 6 ans, en classe, je n’écoutais rien. Je voyais des paysages, je transformais les gens autour de moi, les professeurs ou mes camarades, en personnages. Je construisais un autre monde.
En fait, vous vouliez vivre dans “Alice au pays des merveilles” ?
Bizarrement, je détestais ce livre ! Tout comme “Peter Pan” ! Et pourtant, j’ai acheté la maison en face de celle de son créateur, J. M. Barrie.
Avec cet album, vous posez aussi la question de la coexistence de l’émotion humaine avec la vitesse fulgurante du monde numérique. L’intelligence artificielle est-elle une menace ?
On est au commencement d’un changement sociologique qui sera sismique, peu importe notre métier ou notre discipline. Pour l’instant, je n’utilise pas l’IA et j’ai l’impression qu’elle n’est pas encore capable de copier ce que je fais, avec cette même liberté en tout cas. Mais je serais stupide de croire que cela ne m’atteindra pas.
Craignez-vous d’être un jour démodé ?
Non, je n’ai aucune inquiétude par rapport à cela. Même si, en effet, l’industrie a beaucoup évolué. On est entouré d’instants TikTok sans âme d’artiste derrière. Alors, l’artiste, lui, doit s’exprimer d’une manière encore plus complète. Et un album doit être comme un roman. Bon, après, j’aime aussi m’amuser sur les réseaux sociaux. C’est désormais un divertissement qui fait partie de nos vies.
Vieillir ne vous effraie pas ?
J’adore même cette idée, tant que je ne perds pas ma connexion émotionnelle avec le monde autour de moi. Je ne sais pas vraiment comment je m’imagine vieux. Si je conserve mes capacités physiques, j’espère que je serai encore créatif. Mais pas forcément sur scène. Peut-être dans un petit village. En tout cas, je me souhaite d’être improbable !
Finalement, on a l’impression que vous restez un grand enfant…
Au contraire, je crois être né adulte et que je m’amuse sérieusement depuis l’âge de 8 ans. Vous savez, ma grand-mère était une dame remarquable. Elle a eu ma mère très jeune, et son mari, mon grand-père, était presque quatre fois plus âgé qu’elle. Moi, je l’ai toujours perçue comme une enfant terrible, même quand elle était vieille. J’aime cette idée. Car c’est finalement être une personne libre.
Vous collectionnez des maquettes miniatures de théâtre. C’est un peu enfantin, non ?
Ce n’est pas du tout une passion d’enfant, mais plutôt de rêveur. Je suis fasciné par les théâtres. Depuis cinq ans maintenant, un grand artiste dans ce domaine travaille, à ma demande, sur une recréation du Royal Opera House de Londres. J’ai même obtenu des autorisations pour qu’il aille sur les lieux. La maquette devrait être prête dans un mois.
Et est-ce que vous vous imagineriez devenir père ?
Je me dis désormais que j’aimerais l’être, mais cela demanderait d’effectuer un grand changement dans ma vie avant. Car avoir un enfant, avec mon rythme actuel, serait égoïste. Mais si, un jour, je peux m’y consacrer, comme l’ont fait mes parents, ça se fera.
Petit, vous chantiez à l’église. Êtes-vous pour autant croyant ?
J’ai la foi, oui… En tout cas, je crois en une force supérieure. Vous savez, j’ai toujours beaucoup lu, car je pense qu’on ne peut pas comprendre la vie si on ne lit pas. Et en ce moment, je m’intéresse à des ouvrages pour comprendre l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Coran… Je me suis par exemple passionné pour la vie de saint Paul, à la fois remarquable et terrifiante.
Source : Paris Match











