Interview « Le Parisien » – Mika, président d’honneur des Victoires de la musique
Mika sera le président d’honneur des 41es Victoires de la musique, le 13 février à la Seine musicale à Boulogne-Billancourt. Il réagit pour la première fois à cette invitation et nous présente son nouvel album, « Hyperlove », qui sortira le 23 janvier.
Après Stromae et Sting, Mika est le troisième artiste étranger choisi comme président d’honneur des Victoires de la musique. Le plus français des artistes anglophones, né il y a 42 ans au Liban, sera l’invité des 41es Victoires de la musique, le 13 février à la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). L’annonce a été faite lors de la présentation de la cérémonie, ce lundi à France Télévisions.
Une semaine plus tôt, le 6 février, la pop star à la double nationalité britannique et américaine lancera sa tournée européenne à Amiens (Somme). Et le 23 janvier, il dévoilera son quatorzième album, le punchy « Hyperlove », le premier en anglais depuis six ans. Il l’a enregistré à Montréal (Canada) et coproduit avec Nick Littlemore, comme son troisième album, « The Origin Of Love », en 2012.
Pourquoi avoir dit oui aux Victoires ?
J’étais flatté. C’est un honneur, ça me touche énormément, surtout en ce moment où le monde de la musique est en pleine transition. Il y a une sorte de nouvelle vague en France, qui peut venir de la « Star Academy » jusqu’aux réseaux sociaux. C’est plus ouvert que jamais.
Qu’est-ce que vous écoutez en français ?
J’avoue une certaine tendresse pour Helena et une obsession pour Barbara. Et quand j’essaye de faire comprendre la chanson française à un Anglais, je lui fais écouter Brassens.
Cette chanson tient une place particulière chez vous ?
Elle a toujours fait partie de ma vie, de qui je suis. Depuis l’âge d’1 an et demi (il a vécu à Paris jusqu’à 7 ans), je suis le produit de cette dualité : Londres d’un côté, Paris de l’autre… La France est mon troisième marché.
Le premier, ce sont les États-Unis ?
Oui, puis le Royaume-Uni. Mais je ne suis pas une grosse machine américaine. Je suis assez « niche » dans beaucoup de pays. Donc je cours beaucoup. Voilà des années que ma vie est dédiée à la musique et ce n’est pas facile pour les gens autour de moi.
Pourquoi ce titre, « Hyperlove » ?
On est dans un moment d’hyper communication, d’hyper information, d’hyper commercialisation, comment y répondre ? Avec une forme d’hyper amour. Je me demande encore, à 42 ans, c’est quoi l’amour, ce putain de truc qu’on ne comprend pas et qui nous fascine ?
Vous êtes hyper amoureux ?
Oui, mais ce n’est pas un faux romantisme, c’est une énergie assez brûlante, assez terrible, enfant terrible. Dans un marché du disque en évolution permanente et à mon âge, avec l’éclectisme de mon histoire, l’audace compte plus que jamais.
C’est différent d’écrire en anglais et en français ?
C’est plus facile en anglais. Ce sont les fameuses associations libres dont parlent David Bowie, David Byrne, Brian Eno : les neurones, images et sons qui s’associent de manière instinctive. Quand je rentre dans cette méditation, que je me sens libre, je touche l’extase. Comme pour tous mes collègues, c’est une drogue dure. Sans conséquence négative.
Vos nouvelles chansons sont toutes nées au piano. Pourquoi ?
Je me suis mis cette contrainte. Parce que la première personne qui en a marre que je me répète, c’est moi. J’ai tout écrit dans une maison que je loue en Italie. Deux des trois chambres sont devenues des studios d’enregistrement. Au point que mon conjoint depuis vingt ans est parti : « Pour sauver notre relation, je te quitte ! » (Il rit) Il a pris un cottage en Angleterre avec les chiens. Depuis, c’est moi qui vais dans sa bulle. C’est un très bon monteur de documentaires et il est beaucoup plus équilibré que moi.
« Immortal Love » parle de votre chienne…
Melachi est sur chaque disque ! C’est une golden retriever dont le nom arabe signifie reine. Elle fait partie de ma vie depuis seize ans. À la fin de l’écriture de l’album, j’avais une mélodie et pas de sujet. Melachi est entrée dans le studio, a posé sa tête sur mes pieds, m’a regardé et je me suis dit : il n’y a aucune différence entre l’amour pour un animal et pour un amoureux humain.
Dans « Hyperlove » et « All The Same », on entend une voix qu’on dirait créée par l’IA…
Mon album est 100 % analogique. Je voulais une voix sans genre, ni humaine ni inhumaine, et j’ai fait des chuchotements. On en a fait dix couches que j’ai retravaillées avec un logiciel. Pas question de faire appel à l’IA.
Quel homme parle dans « Everything Is Beautiful ? »
C’est un comédien que j’aime beaucoup, un auteur et réalisateur assez culte aux États-Unis, une icône de l’expression libre, de la liberté sexuelle. Il s’appelle John Waters. Je lui ai envoyé un mail pour expliquer mon projet. Je veux que ce soit bizarre, surréaliste et touchant. Il m’a répondu oui.
Vous avez commencé avec Amy Winehouse, Lily Allen, Scissor Sisters… Comment ne pas se perdre ?
On allait faire des showcases à Londres, Austin (États-Unis)… À l’aéroport, c’était un sacré freak show ! Il n’y a pas de règle mais il faut être bien entouré, entouré de gens qui t’aiment. Je ne suis pas obsédé par la jeunesse mais par la lumière non filtrée qu’on a jeune. La responsabilité de l’artiste, c’est de rester en contact avec elle et de la protéger à tout prix. C’est super important et pas facile.
Vous êtes en mission pour nous rendre la vie meilleure ?
Pas du tout. Je cherche à faire un médicament pour moi-même et j’ai l’énorme privilège d’en faire mon job. C’est mon mode de survie, sincère et jamais lisse.
Source : Le Parisien





























